Au Bénin, la dégradation environnementale dans l’agriculture

5 octobre 2024

Au Bénin, la dégradation environnementale dans l’agriculture

À l’approche de la COP29 à Bakou, les voix des spécialistes en climatologie et géographie nous éclairent sur les problèmes écologiques dans l’agriculture au Bénin.

Les changements climatiques, moteurs de la dégradation environnementale

Selon Sabi Tassigui, géographe et spécialiste en climatologie, la Terre subit de profondes transformations en raison des changements climatiques. « Aujourd’hui, la mobilisation internationale, notamment à travers les COP, illustre l’ampleur de ces enjeux », explique-t-il.

De nombreux sommets ont été organisés pour lutter contre le dérèglement climatique et la dégradation de l’environnement. Cependant, les facteurs de cette dégradation vont au-delà du simple changement climatique. Sabi Tassigui précise que la pollution, la déforestation et la montée du niveau des mers sont également des conséquences directes de ce phénomène.

D’un point de vue géographique, l’homme évolue dans son environnement immédiat, son cadre de vie. Sabi Tassigui ajoute : « Le dérèglement climatique se manifeste par des hausses de température, des sécheresses, des événements climatiques extrêmes comme des tempêtes et des inondations. » Ces phénomènes déstabilisent les écosystèmes et affectent gravement la biodiversité.

Le rôle du climat dans la structuration des écosystèmes

« L’environnement épouse le climat », soutient Sabi Tassigui. Il explique que chaque zone géographique, qu’elle soit tempérée, tropicale ou sahélienne, possède un écosystème adapté à son climat. « Prenons l’exemple du Sahel. Cette région autrefois humide est devenue un désert en raison de l’évolution climatique. Le climat est le moteur principal de l’environnement ; un dérèglement climatique équivaut donc à une dégradation environnementale. »

La déforestation et la destruction des forêts galeries sont des signes évidents de cette dégradation. Les rivières et les marigots s’assèchent, mettant en péril la survie de nombreuses espèces.

Le docteur Tassigui souligne que la pollution liée à l’industrialisation et aux émissions de gaz à effet de serre a également contribué à l’effondrement des écosystèmes à l’échelle mondiale.

« L’agriculture itinérante sur brûlis et l’exploitation forestière, par exemple, contribuent massivement à la déforestation », renchérit Imorou Aboudou Adam, conseiller pédagogique en histoire-géographie. Il confirme que la disparition des forêts et de certaines espèces végétales est directement liée aux pratiques humaines.

Variabilité climatique et changement climatique : une distinction cruciale

Bien que souvent confondus, Sabi Tassigui insiste sur la différence entre variabilité climatique et changement climatique. « Le changement climatique se mesure sur une période d’au moins 100 ans, explique-t-il, tandis que la variabilité climatique se manifeste sur une période plus courte, environ 30 ans. » Cette variabilité spatio-temporelle se traduit par des irrégularités météorologiques locales, comme des pluies intenses à certains endroits et des sécheresses à d’autres, même au sein d’une même région. Ces phénomènes, combinés aux pratiques humaines, sont à la base des changements climatiques.

Le docteur Tassigui affirme que bien que les crises climatiques majeures sont naturelles, telles que celles qui ont causé la disparition des dinosaures. Les actions humaines, notamment l’industrialisation et les pratiques agricoles modernes, accélèrent leur rythme. D’après Imorou Aboudou Adam, c’est le dérèglement climatique qui est à la base de l’observance des températures excessives et la sécheresse.

Pratiques anthropiques et modernisation : des impacts dévastateurs

Je suis géographe, gestionnaire des risques et catastrophes, journaliste indépendant, et aspirant au métier d’enseignant au secondaire, et j’apporte mon analyse complémentaire sur la modernisation et ses effets néfastes sur l’environnement au Bénin. Je leur explique : « Le modernisme, principalement imposé par les pays développés, a eu un impact significatif sur la vie quotidienne des Béninois. Aujourd’hui, de nombreuses pratiques, comme l’usage excessif de produits chimiques dans les champs, affectent gravement notre écosystème. »

Les herbicides et autres produits chimiques sont fréquemment utilisés pour nettoyer les cadres de vie (devanture des maisons, des services, etc) et les champs, mais leur toxicité met en péril la santé des animaux et, par voie de conséquences, celle des humains.

Ces substances sont non seulement absorbées par le sol, mais aussi drainées vers les cours d’eau, contribuant ainsi à la pollution des écosystèmes aquatiques.

L’agriculture itinérante sur brûlis, l’exploitation du bois pour la fabrication du charbon et des meubles sont aujourd’hui responsables de la déforestation et de la disparition de certaines espèces, a laissé entendre Imorou Aboudou Adam. Cet état des choses est préjudiciable à l’environnement et impact négativement la vie de l’homme, rappelle-t-il.

Que fait le Bénin pour lutter contre la dégradation environnementale ?

Le Bénin, par le biais de son ministère du Cadre de Vie et des Transports, en charge du Développement Durable, a mis en place plusieurs initiatives pour protéger l’environnement. Le docteur Sabi Tassigui rappelle que le premier Plan National d’Adaptation (PANA Bénin) a été élaboré en 2008 pour mieux comprendre les enjeux liés aux changements climatiques. Ce plan propose des solutions pour limiter les effets néfastes de ces changements. « Des efforts de reboisement, de protection des forêts, de subvention pour encourager l’usage du gaz domestique sont faits mais c’est insuffisant », indique le conseiller pédagogique.

Les traditions béninoises jouent aussi un rôle important dans la protection de l’environnement. Les forêts sacrées et communales, ainsi que les marigots sacrés, participent à la préservation de la biodiversité. Cependant, le docteur Tassigui précise que ces efforts ne sont pas suffisants. Pour inverser la tendance, Sabi Tassigui propose des solutions concrètes, notamment le reboisement. Le reboisement, l’agriculture intensive et la réduction des feux de végétation, même précoces, sont également des approches de solutions, a fait savoir Imorou Aboudou Adam.

Au Bénin, tout le mois de juin est dédié à cette pratique, avec la célébration de la Journée nationale de l’arbre chaque 1ᵉʳ juin. Mais, selon Sabi Tassigui, il ne suffit pas de planter des arbres, il est crucial de suivre leur croissance et de les entretenir. D’après lui, il faut développer l’agroforesterie, une pratique qui consiste à intégrer des arbres dans les exploitations agricoles.

Cette méthode écologique contribue à la régénération des sols, une nécessité pour préserver l’avenir de l’agriculture béninoise. Enfin, il plaide pour l’élimination des dépotoirs sauvages et pour la promotion du transport en commun afin de réduire les émissions polluantes.

L’homme, acteur clé de la préservation de l’environnement

Je conclus la discussion en soulignant la responsabilité de l’homme dans l’accélération des processus naturels. Si les crises climatiques ont toujours existé, l’industrialisation et l’usage intensif des produits chimiques aggravent la situation. C’est pourquoi il est indispensable de changer nos habitudes et d’adopter des pratiques plus respectueuses de l’environnement.

La dégradation environnementale est une réalité inévitable, mais avec des actions concrètes et collectives, il est encore possible de limiter les dégâts et de préserver notre planète pour les générations futures.

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